ma démarche
atistique
Est-ce que l'humain change vraiment ?
L’invitation
« Si vous voulez trouver les secrets de l'univers, pensez en termes d'énergie, de fréquence et de vibration. »
— Nikola Tesla
Tesla n'affirme pas que tout est énergie, fréquence et vibration. Il propose une façon de penser. C'est une invitation épistémologique : changer le cadre de lecture, non la réalité elle-même.
Je transpose cette manière de penser en langage plastique. Il ne s'agit pas d'illustrer les idées de Tesla, mais d'appliquer sa logique : changer le cadre de lecture afin d'observer une même réalité sous un autre angle. Toute ma démarche a cette intention.
Chaque intervention doit avoir une raison d'être. Les limites que je m’impose ne sont pas arbitraires ; elles doivent émerger d’une logique qui ne trahit jamais cette manière de penser.
La prémisse fondamentale
L'humain et le pigment sont issus d'une même origine : la poussière d'étoiles. L'un est conscient, l'autre est couleur.
Les couleurs primaires sont à l'origine de toutes les autres couleurs, tout comme les éléments forgés au cœur des étoiles sont à l'origine de la matière qui compose le corps humain. Il ne s'agit pas d'une analogie arbitraire, mais d'une clé de lecture fondée sur une réalité physique commune. Le fer, le carbone et les autres éléments issus de la nucléosynthèse stellaire composent autant les pigments que le vivant.
Cette origine commune devient le point de départ de mon système de réflexion.
Construire des systèmes
Je choisis de construire un système qui respecte des phénomènes physiques réels afin d'étudier une question profondément humaine.
Mon travail est fondé sur la colorimétrie, les longueurs d’onde, la structure et les permutations chromatiques.
Trois degrés de liberté les définissent :
La structure demeure fixe et immuable afin d’assurer la cohérence du système.
Les couleurs se réorganisent par permutation, sans jamais être remplacées.
La lumière varie librement ; elle rend visible ce qui existe déjà sans jamais rien créer.
Chaque intervention respecte ces contraintes. Le système ne cherche pas à produire des images, mais à rendre observables les conséquences de ses propres lois.
La structure et le geste : l'espace de la liberté
Il ne restait qu'à déterminer quelle structure pouvait porter cette question sans la trahir.
Elle ne s'est pas imposée comme une décision, mais comme une observation. En revisitant les premières œuvres, la spirale de Fibonacci apparaissait déjà de manière récurrente, alors même qu'elle ne faisait pas partie de mes intentions conscientes. La spirale n'était pas une idée à illustrer ; elle était déjà inscrite dans le travail. Elle n'est pas un symbole : elle est la trace observable d'un principe de croissance qui conserve sa forme tout en s'étendant. C'est exactement ce que je cherche à interroger chez l'humain : une structure qui demeure identique à elle-même tout en produisant l'illusion d'une transformation. Elle est devenue l'unique structure fixe et immuable de mon système.
Mais la structure ne peint pas. L’acte de peindre constitue l’espace où la liberté humaine se confronte à la rigueur de ce cadre.
Cette recherche s'incarne dans un processus sériel : je travaille sur plusieurs toiles simultanément sur une période prolongée. Ce temps long introduit une variable essentielle : la fluctuation de mon propre état interne. Au fil des semaines, l'énergie du geste, la tension du trait, la certitude ou le doute évoluent. Puisque la structure mathématique et les pigments primaires demeurent stricts et invariants d'un tableau à l'autre, ces variations d'énergie deviennent immédiatement visibles dans la composition. L'empreinte physique du tableau conserve la mémoire de cet état humain.
Le protocole d'analyse : de la matrice à l'observation
Une fois cette étape picturale achevée, les toiles physiques ne sont pas considérées comme des fins en soi, mais comme des matrices réactives. C'est à cet instant précis qu'elles entrent dans le protocole d'analyse.
L'œuvre peinte devient le terrain d'activation de plusieurs opérations :
La permutation chromatique : la réorganisation globale des couleurs sur la structure génère de nouvelles déclinaisons d'un même système.
La capture des longueurs d'onde : la photographie sous des fréquences lumineuses spécifiques isole et fige des états transitoires invisibles à l'œil nu, donnant naissance à de nouvelles œuvres autonomes.
L'expérience du flux continu : la projection de lumière modulée en temps réel fait évoluer la perception sous les yeux du spectateur, révélant la nature dynamique d'une structure pourtant fixe.
Le protocole demeure ouvert à de nouvelles interventions, à condition qu'elles s'inscrivent dans le cadre de lecture proposé par l'invitation de Tesla. Les variations observées doivent relever de la dynamique propre à l'humain. Celles qui émergent de sa relation au temps, au contexte, à la perception et à l'expérience et non d'altérations artificielles.
Le temps et la perception
La capture de différentes longueurs d'onde permet d’observer les multiples états potentiels contenus dans une même réalité.
Chaque photographie devient un état distinct d'un même système. La structure demeure identique ; seule la lumière qui la traverse varie. Selon la fréquence projetée, certaines couleurs apparaissent, d'autres disparaissent. Ce déplacement, répété dans le temps, produit une impression de changement alors que ce qui est observé demeure fondamentalement le même.
La photographie devient ainsi l'instrument qui fixe un état parmi tous ceux que le système rend possibles. Cette logique de perception dépasse l'image et éclaire également notre compréhension de l'identité.
La démarche
Ce travail s'inscrit dans l'analyse de principes issus des sciences physiques, des phénomènes de perception et de la nature du changement, ouvrant une réflexion sur la perception de l'identité et sa transformation.
Je ne cherche pas à illustrer la science ni à produire des métaphores arbitraires. Je m'appuie sur des phénomènes physiques réels, mesurables et vérifiables : la théorie des couleurs, les longueurs d'onde et la nucléosynthèse stellaire, afin de construire un système cohérent dont les limites émergent de sa propre logique.
Si une même structure peut produire des réalités visuellement différentes sans jamais changer elle-même, alors peut-être que ce que nous appelons changement chez l'humain relève lui aussi autant de la perception que d'une transformation réelle.
L'ensemble de la collection est pensé comme un système évolutif pouvant dépasser le cadre de l'œuvre individuelle pour se déployer sous forme d'installations immersives. L'espace devient alors un nouveau niveau d'observation des transformations générées par le protocole.
Penser comme Tesla le propose, c'est regarder l'univers autrement.
C'est cette lecture que Renaissance propose.
Jonathan Laflamme